
L'aghroum, que l'on nomme aussi kesra dans certaines régions, appartient au fonds le plus ancien de la boulangerie amazighe. Bien avant l'arrivée du four moderne dans les foyers kabyles, ce pain se cuisait sur la tajine, cette plaque de terre cuite ou de métal posée directement sur les braises, dans la cour ou près de l'âtre. Sa fabrication relevait d'un savoir domestique transmis de mère en fille, geste après geste, sans mesure écrite ni recette figée. Chaque femme jugeait la consistance de la pâte à la main et la cuisson à l'œil, selon l'humidité du jour et la chaleur du feu. Ce pain modeste accompagnait le quotidien paysan des villages de montagne, où le blé et la semoule constituaient l'essentiel de la subsistance.
L'aghroum offre une mie dense et légèrement moelleuse, contrastant avec une croûte ferme et rustique, marquée par la cuisson au contact direct de la terre chaude. Son goût reste sobre, celui du blé et du sel, parfois relevé d'une note fumée héritée du feu de bois. On le rompt plutôt qu'on ne le coupe, geste qui accompagne naturellement chaque repas partagé.
Pain du quotidien dans les foyers kabyles, l'aghroum se prépare traditionnellement chaque matin ou avant les grands repas familiaux, pour accompagner soupes, tajines et plats en sauce. Il tient une place particulière lors des fêtes villageoises et des rassemblements familiaux, où il se rompt à la main et se partage entre tous les convives.
Originaire des villages de montagne de Kabylie, ce pain se retrouve sous des formes voisines dans d'autres régions berbères d'Afrique du Nord, où il porte parfois le nom de kesra ou de matlouh selon les usages locaux. Les variantes régionales tiennent surtout à la proportion de semoule et de farine, ainsi qu'à l'épaisseur du disque, plus fin dans certaines vallées, plus épais et rustique dans d'autres.