
L'airag, appelé kymyz chez les peuples turcophones, accompagne la vie des cavaliers des steppes depuis des millénaires, là où l'élevage équin rythmait les déplacements saisonniers. Hérodote rapportait déjà au Ve siècle avant notre ère les pratiques scythes de fermentation du lait de jument, preuve de l'ancienneté de ce savoir-faire. Marco Polo, traversant l'empire mongol, décrivit à son tour cette boisson blanche et pétillante servie aux tables des khans comme aux simples éleveurs. Boisson des yourtes autant que des cours impériales, elle symbolisait le lien entre l'homme, le cheval et la terre nourricière des grandes plaines. Sa préparation, transmise de mère en fille au fil des générations, demeure aujourd'hui encore un geste identitaire fort pour les peuples nomades de Mongolie et d'Asie centrale.
L'airag présente une saveur acidulée et légèrement piquante, proche du petit-lait, avec une pointe d'alcool discrète née de la fermentation naturelle. Sa texture est fluide, effervescente en bouche, parfois mousseuse selon l'intensité du battage. L'arôme évoque le lait cru et le bois fumé de l'outre, avec des notes légèrement âcres propres aux boissons lactées fermentées traditionnelles.
L'airag se consomme traditionnellement en été et en automne, saisons où les juments produisent le plus de lait, et occupe une place centrale lors des fêtes du Naadam ainsi que dans l'hospitalité quotidienne offerte aux visiteurs des campements. Il est aussi coutume d'en offrir une coupe en signe de bienvenue ou lors de célébrations familiales et communautaires.
Originaire des steppes scythes puis largement répandu chez les peuples mongols et turcophones d'Asie centrale, l'airag connaît des variantes selon les régions et les animaux disponibles, le kymyz kazakh ou kirghize suivant des méthodes très proches. Certaines communautés prolongent la fermentation plus longuement pour obtenir une boisson plus forte, tandis que d'autres la consomment fraîche et douce, peu après le début du processus.