
L'uchu, ou ají en langue espagnole des Andes, appartient aux préparations les plus anciennes de la cuisine andine, bien antérieure à l'arrivée des Européens. Les archéologues ont retrouvé des batanes et des mortiers de pierre témoignant d'une culture du piment moulu remontant à plusieurs millénaires, associée aux civilisations pré-incas puis à l'empire inca lui-même. Dans les foyers quechuas, cette sauce accompagnait presque chaque repas, servant à relever le maïs, les pommes de terre ou les tubercules andins alors que le sel et les épices importées restaient rares. Sa préparation, transmise oralement de mère en fille, variait selon les vallées, les altitudes et les piments disponibles localement, donnant naissance à une constellation de recettes régionales toutes issues d'un même geste ancestral : broyer le piment frais sur la pierre plate. Encore aujourd'hui dans de nombreux foyers ruraux, on prépare l'uchu quotidiennement, à la manière d'un condiment vivant plutôt que d'une conserve.
L'uchu se distingue par une vivacité piquante immédiate, tempérée par la fraîcheur acidulée du citron et la note herbacée du huacatay ou de la coriandre. Sa texture reste volontairement grossière et rustique, marquée par les fibres du piment et les éclats d'ail, bien loin des sauces lisses industrielles. L'arôme, terreux et vif, évoque la pierre elle-même et le piment cru davantage que la cuisson.
L'uchu accompagne traditionnellement presque tous les repas quotidiens andins, servi à côté des pommes de terre, du maïs ou des viandes grillées, comme un condiment de table permanent plutôt que réservé aux fêtes. On le retrouve aussi lors des grandes réunions familiales et des marchés, où chaque vendeuse propose sa propre version fraîchement broyée le matin même.
Originaire des hautes vallées andines du Pérou et de Bolivie, l'uchu varie fortement selon l'altitude et les piments locaux : plus doux et tomaté sur la côte péruvienne, plus piquant et sec dans les régions montagneuses où domine le rocoto. Certaines variantes boliviennes ajoutent de la quinoa grillée ou des fromages frais pour épaissir la sauce, tandis que d'autres restent d'une simplicité minérale, fidèle au geste originel du batán.