
La chicha de jora accompagne la vie des peuples andins depuis bien avant l'arrivée des Espagnols, et son usage est attesté avec précision sous l'Empire inca, où elle occupait une place centrale dans les échanges sociaux et les cérémonies religieuses. Le maïs, plante sacrée des Andes, était germé puis séché selon un savoir transmis oralement de génération en génération, formant la "jora" qui donne son nom à la boisson. Sa préparation collective, souvent confiée aux femmes appelées "aclla" dans certains contextes rituels de l'époque inca, en faisait un acte autant social que domestique. Les chroniqueurs coloniaux ont décrit son omniprésence lors des fêtes agricoles, des offrandes à la terre (Pachamama) et des grands rassemblements communautaires. Aujourd'hui encore, elle demeure préparée dans de nombreuses régions rurales du Pérou, de Bolivie et de l'Équateur selon des méthodes proches de celles d'autrefois.
La chicha de jora présente une saveur légèrement acidulée et sucrée, avec des notes de céréale cuite rappelant le pain ou le maïs grillé. Sa texture est trouble, parfois légèrement pétillante selon le degré de fermentation, et son arôme évoque un mélange terreux et fruité caractéristique des fermentations spontanées. Le goût varie sensiblement d'une préparation à l'autre, selon la durée de fermentation et les levures locales à l'œuvre.
Traditionnellement, la chicha de jora est servie lors des fêtes agricoles, des cérémonies religieuses et des rassemblements communautaires andins, notamment à l'occasion des semailles ou des récoltes. Elle accompagne aussi les moments de partage quotidien dans certains villages ruraux, où elle est offerte aux invités en signe d'hospitalité.
Originaire des hautes terres andines, la chicha de jora trouve ses racines dans les civilisations pré-incas et incas, où elle occupait une fonction rituelle et sociale majeure. Selon les régions du Pérou, de Bolivie ou de l'Équateur, les proportions, la durée de fermentation et l'ajout de sucre de canne ou d'herbes locales varient, donnant naissance à des versions plus ou moins fortes ou sucrées.