
Le dukkah appartient à ce fond ancien des cuisines paysannes égyptiennes où l'on cherchait à conserver longtemps, sous une forme simple et nourrissante, ce que les récoltes offraient de meilleur : noisettes, graines de sésame, coriandre. Son nom viendrait du verbe arabe signifiant « piler », geste qui résume à lui seul toute la préparation. Autrefois pilé au mortier de pierre par les femmes des villages du Delta et de Haute-Égypte, ce mélange se transmettait de mère en fille, chaque famille gardant ses proportions particulières comme un secret discret. Il accompagnait le pain plat quotidien, offrant aux travailleurs des champs un apport en protéines et en matières grasses facile à transporter et à conserver sans réfrigération. Aujourd'hui encore, on le trouve vendu en petits sacs sur les marchés du Caire, signe de la persistance de cette tradition rurale dans la vie urbaine.
Le dukkah séduit par son croquant irrégulier, où les éclats de noisette côtoient la finesse des graines torréfiées. Son parfum est chaud et terreux, porté par la coriandre et le cumin, avec une pointe anisée du fenouil qui vient adoucir l'ensemble. En bouche, il révèle une texture granuleuse, sèche puis grasse une fois l'huile d'olive absorbée, à la fois rustique et parfumée.
Le dukkah se consomme traditionnellement au petit-déjeuner ou en collation, accompagné de pain plat et d'huile d'olive, dans les foyers ruraux comme urbains d'Égypte. Il tenait une place particulière dans les repas des travailleurs des champs, offrant un apport énergétique simple à emporter aux champs dès l'aube.
Originaire des campagnes égyptiennes, le dukkah connaît de nombreuses variantes selon les régions et les familles, certaines privilégiant les pistaches ou les amandes plutôt que les noisettes, d'autres ajoutant du thym ou de la menthe séchée. Sa composition exacte n'a jamais été figée, chaque foyer ajustant les proportions selon les récoltes disponibles et les goûts transmis.