
La kasha occupe depuis des siècles une place centrale dans l'alimentation quotidienne des peuples slaves, bien avant que le mot ne s'applique, par extension, à toute céréale mijotée. Dans les campagnes russes, ukrainiennes et biélorusses, elle constituait souvent la base même du repas paysan, aux côtés du pain, lorsque la viande restait rare. Le sarrasin, céréale rustique poussant sur des terres pauvres, s'est imposé comme le grain de prédilection dans les régions du nord et du centre, tandis que le millet, l'orge ou l'avoine dominaient ailleurs selon les récoltes locales. Un vieux dicton russe résume bien la place de ce plat dans l'imaginaire collectif : « Кашу маслом не испортишь » — on ne gâte pas la kasha avec du beurre, signe de son statut de plat nourrissant et rassurant, jamais trop riche. Elle accompagnait aussi bien les jours ordinaires que les grandes occasions familiales, tissant un lien continu entre les générations.
La kasha de sarrasin dévoile un parfum grillé et légèrement terreux, hérité de la torréfaction des grains avant cuisson. Sa texture est moelleuse mais reste granuleuse, chaque grain gardant une certaine tenue sous la dent, loin de la bouillie lisse. Le beurre fondu en fin de cuisson apporte une rondeur qui adoucit le caractère rustique et légèrement amer propre au sarrasin.
Plat du quotidien par excellence, la kasha se servait traditionnellement au petit-déjeuner ou en accompagnement du repas principal, notamment durant les mois froids. Elle occupait aussi une place symbolique lors de certaines fêtes et cérémonies, notamment les repas de mariage ou de commémoration, où une kasha sucrée pouvait clore le repas.
Si le sarrasin domine dans la tradition russe et biélorusse, d'autres régions d'Europe de l'Est privilégient le millet, l'orge perlé ou l'avoine selon les terroirs et les récoltes disponibles. Les versions sucrées, additionnées de lait, de miel ou de fruits secs, coexistent depuis longtemps avec les versions salées servies en accompagnement de viandes ou de champignons mijotés.