Le keşkek, appelé harees dans la péninsule arabique, compte parmi les plus anciennes préparations à base de céréales connues du monde méditerranéen et proche-oriental. Ses origines remonteraient à l'Arabie préislamique, où les voyageurs et les tribus nomades mijotaient longuement blé et viande dans de grands chaudrons pour nourrir un grand nombre de convives avec peu de moyens. Le plat s'est ensuite diffusé le long des routes commerciales et des pèlerinages, gagnant l'Anatolie, le Levant, l'Iran et jusqu'en Asie centrale, chacune de ces régions se l'appropriant sous un nom et une texture légèrement différents. Sa reconnaissance en 2011 au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO a consacré ce statut de plat rassembleur, préparé collectivement lors des grandes occasions. Cette cuisson lente et patiente, souvent confiée aux anciens du village, en a fait un symbole de partage et de patience transmis oralement de génération en génération.
Le keşkek offre une texture épaisse et fondante, proche d'une bouillie compacte, où le grain de blé se fond presque entièrement dans la chair de viande effilochée. Son goût est doux et réconfortant, porté par la richesse du beurre clarifié et relevé subtilement par la cannelle ou le cumin selon les régions. L'arôme, discret et chaleureux, évoque davantage le mijotage patient que les épices vives, un plat pensé pour nourrir longuement plutôt que pour surprendre le palais.
Ce plat est traditionnellement préparé lors des grandes réjouissances collectives : mariages, fêtes religieuses comme l'Aïd, ou commémorations, souvent cuisiné dans de vastes chaudrons pour nourrir tout un village ou une assemblée de convives. Sa cuisson longue en fait aussi un mets de circonstance, préparé la veille et partagé au petit matin après une nuit de mijotage collectif.
Originaire de la péninsule arabique où on le nomme harees, le plat a essaimé vers l'Anatolie sous le nom de keşkek, mais aussi vers le Levant, l'Iran et le Caucase, chaque région y apportant ses propres épices et son mode de cuisson. En Anatolie, on privilégie souvent la cannelle et le beurre fondu en finition, tandis que dans le Golfe, le harees reste généralement plus sobre, rehaussé simplement de ghee et parfois d'oignons frits.