
Le kvass appartient à ce fond commun de boissons paysannes que l'on retrouve dans toute l'Europe de l'Est, née de la nécessité de ne rien perdre du pain rassis et de désaltérer les familles pendant les mois chauds. Dès la Rus' de Kiev, les chroniques mentionnent cette boisson comme une évidence du quotidien, aussi banale que l'eau du puits, préparée aussi bien dans les isbas paysannes que dans les cuisines des monastères. Elle accompagnait les travaux des champs, les longues journées d'été et les tables de fête, se déclinant selon les moyens de chacun : plus ou moins sucrée, plus ou moins parfumée. Sa préparation, transmise de mère en fille sans jamais être vraiment écrite, relevait davantage du geste que de la recette précise, chaque foyer ajustant selon son pain, son eau et sa patience. Boisson du pauvre autant que du riche, elle a traversé les siècles sans jamais quitter les cuisines slaves, gardant intacte sa simplicité d'origine.
Le kvass présente une saveur légèrement acidulée et pétillante, portée par les notes toastées et rustiques du pain de seigle grillé. Sa douceur discrète, apportée par le sucre ou le miel, s'équilibre avec une pointe d'amertume et de fraîcheur lorsque la menthe est ajoutée. La texture reste légère, proche d'une limonade fermentée, avec un trouble naturel dû aux résidus de pain et de levure.
Le kvass se buvait traditionnellement en été pour se désaltérer pendant les travaux des champs, mais aussi lors des repas de fête et des rassemblements familiaux. Il tenait une place quotidienne dans les foyers slaves, souvent préparé en grande quantité et conservé dans des cruches en terre cuite au frais de la cave.
Originaire des régions slaves orientales, le kvass s'est répandu de la Russie à l'Ukraine et à la Biélorussie, chaque région y apportant ses propres nuances. On trouve des variantes aux fruits (pommes, baies), à la betterave, ou encore plus sombres et maltées selon les traditions locales et la disponibilité du pain.