
Le miso appartient à cette famille ancienne des pâtes fermentées de légumineuses que l'on retrouve dans toute l'Asie orientale, mais c'est au Japon qu'il a trouvé sa forme la plus raffinée et la plus durable. Introduit ou développé sous l'influence des échanges avec la Chine continentale, il devint à l'époque de Nara un aliment consigné dans les registres impériaux, parfois même utilisé comme monnaie d'échange ou comme salaire versé aux fonctionnaires. Au fil des siècles, chaque province a façonné sa propre tradition, selon le climat, le riz ou l'orge disponible, et la durée de fermentation tolérée par les maisons paysannes. Les moines bouddhistes contribuèrent largement à sa diffusion, en faisant un pilier de la cuisine végétarienne monastique. Il demeure aujourd'hui l'un des piliers silencieux de la cuisine domestique japonaise, transmis de foyer en foyer bien avant d'être produit industriellement.
Le miso offre un goût profondément umami, salé et légèrement sucré, avec des notes qui rappellent le sous-bois, la noisette grillée ou le fruit sec selon son degré de maturation. Sa texture est onctueuse, dense, parfois granuleuse selon la finesse du broyage initial. Son arôme, puissant et fermenté, évolue avec le temps : plus clair et doux lorsqu'il est jeune, plus sombre, corsé et complexe après une longue fermentation.
Le miso accompagne le quotidien japonais bien plus qu'il n'est réservé aux fêtes, servant de base à la soupe du matin comme aux marinades et sauces de tous les jours. Certaines maisons préparaient traditionnellement leur miso en hiver, au moment où la fermentation lente était la plus favorable, pour une consommation échelonnée sur l'année entière.
On distingue traditionnellement le miso rouge (aka miso), plus salé et fermenté longuement, du miso blanc (shiro miso), plus doux et rapide à préparer, ainsi que des variantes régionales utilisant l'orge plutôt que le riz pour le kōji. Certaines régions du nord et de l'ouest du Japon ont ainsi développé des styles très distincts, tant par la couleur que par l'intensité du goût.