
Bien avant que le riz ne s'impose comme céréale dominante en Indonésie, les populations de Papouasie, des Moluques et d'une partie de Sulawesi tiraient leur subsistance quotidienne du palmier sagoutier, dont la moelle intérieure fournit un amidon abondant sans nécessiter de culture agricole intensive. Le papeda est ainsi l'héritier direct d'un mode de vie forestier où la forêt marécageuse offrait, presque sans travail de semis, la matière première d'un repas complet. Les récits des premiers explorateurs européens en Nouvelle-Guinée mentionnent déjà cette bouillie translucide comme l'aliment central des villages côtiers et fluviaux. Sa préparation, transmise de mère en fille à travers les générations, reste aujourd'hui un marqueur identitaire fort des cultures de l'est indonésien, à une époque où le riz a largement gagné du terrain ailleurs dans l'archipel.
Le papeda se présente comme une masse translucide, gluante et filante, presque sans goût propre, ce qui en fait un accompagnement neutre destiné à recevoir les saveurs des mets qui l'accompagnent. Sa texture élastique, proche de la colle végétale, surprend souvent au premier contact mais devient familière à l'usage. L'arôme est discret, légèrement végétal, rappelant l'amidon cru dont il est issu.
Le papeda constitue le repas de base quotidien dans de nombreux villages de Papouasie et des Moluques, servi à chaque repas principal accompagné de poisson, de légumes ou de sauces épicées. Il occupe également une place centrale lors des repas communautaires et des fêtes villageoises, où il est partagé directement depuis un grand plat commun.
Originaire des régions marécageuses de Papouasie et des Moluques, le papeda se retrouve également, sous des formes voisines, dans certaines zones de Sulawesi où le sagoutier pousse naturellement. Les variantes régionales concernent surtout la consistance recherchée, plus ou moins épaisse, ainsi que les sauces et accompagnements servis avec, comme le poisson mijoté au curcuma typique des Moluques.