
Avant que le pain ne devienne l'aliment central de Rome, c'est la puls qui nourrissait le peuple, du plus humble paysan au sénateur en temps de frugalité rappelée comme vertu. Les Romains eux-mêmes se désignaient parfois, avec une certaine fierté rustique, comme des "pultiphagi", des mangeurs de bouillie, en opposition aux Grecs mangeurs de pain. Caton l'Ancien, dans son traité sur l'agriculture, mentionne les céréales nécessaires à sa préparation, et Pline l'Ancien y voit un héritage des temps anciens où le blé n'était pas encore transformé en farine panifiable. Ce plat modeste accompagnait les légionnaires en campagne comme les familles paysannes lors des repas ordinaires, incarnant une cuisine de subsistance, sans artifice, mais essentielle à la survie du corps social romain. Sa simplicité même en faisait un symbole : celui d'une Rome antérieure au luxe, encore proche de la terre.
La puls offre une texture dense et compacte, plus proche d'une bouillie épaisse que d'une soupe, avec un goût rustique de céréale légèrement toastée par la cuisson lente. Selon les ajouts, elle peut se faire plus onctueuse et grasse, ou au contraire sèche et austère, portant en elle le souvenir d'une cuisine sans excès. L'arôme reste discret, dominé par la céréale cuite et, lorsqu'on y ajoute de la graisse, une note plus ronde et légèrement fumée.
La puls constituait un repas quotidien plutôt qu'un plat de fête, consommé matin ou soir dans les foyers romains modestes ainsi que par les soldats en campagne. Elle pouvait néanmoins accompagner certains rites domestiques ou offrandes simples, en raison de son lien ancien avec les céréales fondatrices de l'agriculture romaine.
Originaire des campagnes latines bien avant l'expansion de Rome, la puls se préparait selon les ressources locales : blé amidonnier dans les régions plus fertiles, orge concassée ailleurs, parfois complétée de légumineuses selon les récoltes. Des variantes plus riches, agrémentées de fromage ou de miel, existaient pour les tables aisées, tandis que la version la plus courante restait volontairement frugale.