
Le qurut appartient à ce vaste répertoire de laitages fermentés et séchés que les peuples pasteurs d'Asie centrale ont mis au point pour traverser les saisons sans perdre le fruit du travail de leurs troupeaux. Chez les nomades kazakhs, kirghizes, tadjiks ou afghans, le lait de vache, de brebis ou de chamelle, abondant en été, devenait ainsi une réserve mobilisable durant les longs hivers ou les traversées de steppe. Cette pratique s'inscrit dans une culture matérielle où la yourte, le troupeau et la conservation par le sel et le soleil formaient un système cohérent de survie et d'autonomie. Le qurut voyageait dans les sacoches de selle, résistait aux chocs et à la chaleur, et se réhydratait au besoin dans une soupe ou une eau chaude. On raconte que certains blocs, particulièrement bien séchés, pouvaient se conserver plusieurs années sans altération notable.
Le qurut offre une saveur franchement salée et acidulée, avec une texture dure et granuleuse qui se dissout lentement en bouche ou se délite dans un liquide chaud. Son arôme rappelle le lait fermenté concentré, parfois relevé d'une note légèrement piquante selon le degré de fermentation et de séchage. Croqué tel quel, il surprend par sa fermeté presque minérale ; dilué, il retrouve une onctuosité proche du yaourt salé.
Le qurut accompagnait traditionnellement les longs déplacements des bergers et caravaniers, servant d'en-cas nourrissant ou d'ingrédient de base pour enrichir bouillons et soupes en cours de route. Il trouve également sa place dans la cuisine familiale sédentaire, notamment dissous dans des plats comme le qoroot-e ash ou certaines soupes afghanes et iraniennes, en particulier durant les mois froids.
Répandu sous des noms voisins (qurut, kurt, qurt) chez les peuples turcophones et persophones d'Asie centrale, d'Afghanistan et d'Iran, le procédé varie selon le lait disponible localement et la forme donnée à la pâte, billes rondes chez les uns, galettes aplaties chez les autres. Certaines régions ajoutent des herbes séchées ou intensifient le salage pour prolonger encore la conservation dans les climats les plus rudes.