
Le maïs occupe une place fondatrice dans les civilisations mésoaméricaines, où il était considéré comme un don sacré à l'origine même de la création de l'humanité selon certains récits mayas. La découverte de la nixtamalisation, procédé consistant à cuire les grains dans une eau alcaline puis à les laisser reposer, a transformé cette céréale rustique en un aliment souple, nutritif et digeste. Cette technique, transmise oralement de mère en fille pendant des générations, permettait aussi de libérer des éléments nutritifs du grain autrement peu assimilables. La tortilla qui en résultait n'était pas un simple pain d'accompagnement, mais le cœur même du repas, servant à la fois d'assiette, de cuillère et d'aliment de base. Aujourd'hui encore, dans de nombreux foyers ruraux du Mexique, la préparation de la pâte de maïs et sa cuisson sur le comal demeurent un geste quotidien hérité tel quel des Anciens.
La tortilla traditionnelle offre une saveur douce et légèrement terreuse, caractéristique du maïs nixtamalisé, avec une note subtile rappelant la chaux utilisée lors de la cuisson des grains. Sa texture est souple et élastique lorsqu'elle est fraîche, capable de se plier sans se briser, tandis que sa surface développe de petites marques dorées et parfois de légères bulles à la cuisson. L'arôme qui s'en dégage, chaud et végétal, évoque immédiatement le comal et le foyer familial.
La tortilla accompagne traditionnellement chaque repas, du matin au soir, et constitue la base de nombreux plats mésoaméricains dans lesquels elle sert d'assiette comestible. Sa préparation quotidienne, souvent réalisée tôt le matin en famille, rythme encore la vie de nombreux foyers ruraux du Mexique.
Originaire des hautes terres et vallées du Mexique central, la tortilla de maïs connaît des variantes régionales selon le type de maïs utilisé (blanc, jaune, bleu) et l'épaisseur donnée à la pâte. Dans certaines régions du sud, on la façonne plus fine et plus grande, tandis que dans le nord, elle laisse parfois place à des galettes de blé, signe de l'influence coloniale plus tardive.