
L'uji appartient à ce fonds ancien de bouillies fermentées que l'on retrouve, sous des noms variés, dans presque toute l'Afrique de l'Est bantoue. Bien avant l'arrivée du maïs, ce sont le mil, le sorgho et l'éleusine qui nourrissaient les foyers, cultivés sur des parcelles familiales et transformés selon des gestes transmis de mère en fille. La fermentation légère de la pâte, avant cuisson, n'était pas un simple accident de conservation mais une technique recherchée, connue pour assouplir la céréale et en révéler les arômes. Servie dès l'aube aux enfants comme aux anciens, cette bouillie accompagnait les travaux des champs, les longues marches et les veillées, incarnant une cuisine de subsistance patiente et sans gaspillage. Son caractère fermenté la distingue nettement des bouillies sucrées ou lactées d'autres régions du continent, ancrant l'uji dans une identité culinaire est-africaine bien particulière.
L'uji offre une saveur légèrement acidulée, héritée de sa fermentation, adoucie par la chaleur de la cuisson. Sa texture est fluide, presque buvable, avec un grain fin qui laisse une sensation réconfortante en bouche. L'arôme rappelle le pain frais et la céréale mûrie, sans amertume, avec parfois une note lactée lorsque du lait y est mêlé.
L'uji se consomme traditionnellement au petit matin, avant les travaux agricoles ou l'école, mais aussi offert aux femmes venant d'accoucher et aux personnes affaiblies, en signe de réconfort. Il accompagne également certaines veillées et rassemblements familiaux, servi chaud dans de grands récipients partagés.
Originaire des régions bantoues d'Afrique de l'Est, notamment au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, l'uji varie selon les céréales disponibles localement, mil, sorgho ou éleusine dominant selon les terroirs. Certaines familles y ajoutent du lait, du beurre clarifié ou une pointe de sucre, tandis que d'autres préfèrent la version strictement fermentée et non sucrée, plus proche des usages anciens.