Le Doro Wat occupe une place centrale dans la cuisine éthiopienne et érythréenne, où il est souvent considéré comme le plat national par excellence. Sa préparation, longue et patiente, repose sur un savoir transmis de mère en fille au sein des foyers, chacune apportant sa touche dans le dosage du berbéré et le temps de réduction des oignons. Ce ragoût trouve son origine dans les hauts plateaux éthiopiens, où les épices et le beurre clarifié épicé (niter kibbeh) constituaient des ressources précieuses, réservées aux grandes occasions. Sa réalisation demande plusieurs heures, ce qui en fait traditionnellement un plat associé au partage et à la convivialité communautaire. Il incarne à lui seul la richesse aromatique et la complexité des cuisines de la Corne de l'Afrique.
Le Doro Wat se distingue par une saveur profondément épicée, relevée par le piquant du berbéré et la richesse aromatique du beurre épicé. Sa sauce, épaisse et sombre, enveloppe la viande d'un parfum complexe mêlant ail, gingembre et épices torréfiées. La texture est fondante, la viande se détachant facilement, tandis que les œufs durs apportent un contraste doux à l'ensemble.
Le Doro Wat est traditionnellement servi lors des grandes fêtes religieuses, notamment à Pâques orthodoxe et lors des célébrations familiales importantes. Il est présenté sur l'injera, ce pain plat fermenté qui sert à la fois d'assiette et de couvert, dans un plat commun partagé entre convives.
Bien que le Doro Wat au poulet soit la version la plus connue, on trouve dans la même famille des wats préparés à base de bœuf (Sega Wat), d'agneau ou de lentilles (Misir Wat) pour les jours de jeûne orthodoxe. Les proportions et le piquant du berbéré varient sensiblement selon les régions d'Éthiopie et d'Érythrée, chaque famille conservant sa propre mesure d'épices transmise oralement.